Je me réveille
Avant l’alarme.
Pas parce que j’ai bien dormi.
Parce que mon corps
Cherche déjà le tempo
Dans le frigo,
Dans les tuyaux,
Dans le char qui passe dehors.
Je reste couchée.
Je compte quand même.
Un.
Deux.
Trois.
Rien.

Il y a des jours
Où le silence arrive trop carré.
Comme un clic
Que personne a parti.
Je fais du café.
Je manque le comptoir.
Je tape deux doigts
Sur la tasse
Sans m’en rendre compte.
Mon pied répond sous la table.
Je lui dis d’arrêter.
Il m’écoute pas.

J’ai gardé le temps
Jusqu’à perdre le mien.
J’ai tenu le plancher
Pendant que le reste tenait debout.
Si je m’arrête maintenant,
Est-ce que je repose enfin?
Ou est-ce que j’attends juste
Le prochain coup?

On m’a souvent dit :
« T’es solide, toi. »
Comme si c’était un compliment simple.
Solide, ça veut dire
Qu’on vérifie moins souvent
Si ça fend.
Solide, ça veut dire
Qu’on pose des choses dessus.
Je suis pas fâchée.
Pas exactement.
Je suis juste rendue bonne
À tenir
Des poids qui parlent pas.

J’ai gardé le temps
Jusqu’à perdre le mien.
J’ai tenu le plancher
Pendant que le reste tenait debout.
Si je m’arrête maintenant,
Est-ce que je repose enfin?
Ou est-ce que j’attends juste
Le prochain coup?

Je pensais que le repos,
C’était l’absence de bruit.
C’est pas ça.
Le repos,
Ça doit être quand ton corps
Arrête de se préparer
À sauver quelque chose.
Je suis pas encore rendue là.

Mon cœur garde le kick.
Ma mâchoire garde le snare.
Mes épaules gardent les toms.
Mes mains gardent l’air.
J’ai porté les entrées.
J’ai porté les fins.
J’ai porté les moments
Où personne savait
Si la toune revenait.
J’ai pas besoin
Qu’on me mette devant.
J’ai besoin
Que mon corps comprenne
Que le set est fini.

J’ai gardé le temps
Jusqu’à perdre le mien.
J’ai tenu le plancher
Pendant que le reste tenait debout.
Si je m’arrête maintenant,
Je veux pas tomber avec.
Je veux juste apprendre
À rester là
Sans compter.

Un.
Deux.
Trois.